app logoapp name
app logoapp name
Les causes de divergence
Hedi Majdoub
Article illustration

Lors d’un précédent article, nous avions expliqué que les divergences juridiques n’étaient pas forcément négatives dans l’islam. Bien au contraire, elles s’avèrent être une nécessité et un phénomène tout à fait naturel. A ce propos, Allah dit : « Si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté. Or, ils ne cesseront d’être en désaccord sauf ceux à qui ton Seigneur a accordé miséricorde. C’est pour cela (pour la divergence) qu’Il les a crées » S11-v118. Dans cet article, si Dieu le veut, nous allons nous pencher sur les causes juridiques à la source des divergences ceci afin de démontrer qu’en réalité les divergences d’opinions sont beaucoup plus fondées que certains ne le pensent.

La compréhension des textes

Souvent la diversité des opinions juridiques résulte de la diversité des approches et de l’entendement de chacun face aux sources. En effet, la connaissance du contexte, des causes de descente ainsi que l’exégèse influent sur la compréhension. Nous pouvons illustrer ce point par un fait rapporté dans Bukhari selon lequel le Prophète surpris de la traîtrise de la tribu de Banu Qurayza dit à ses compagnons : « Celui parmi vous qui croit en Allah et au jour dernier, qu’il fasse sa prière médiane dans les demeures de Banu Qurayza ». Suite à cette exhortation, les combattants prirent la route mais à l’heure de la prière médiane, ils divergèrent sur l’accomplissement de la prière. Certains considérèrent qu’il fallait à tout prix prier une fois arrivé à destination car le Prophète avait dit : « Celui parmi vous qui croit en Allah et au jour dernier, qu’il fasse sa prière médiane dans les demeures de Banu Qurayza ». D’autres préférèrent prier avant d’arriver expliquant que la parole prophétique n’avait pour but que de les motiver à sortir pour le combat et n’empêchait nullement de faire la prière à l’heure. Suite à cette différence d’opinion, ils consultèrent le Prophète qui considéra recevable les agissements de chacun, bien qu’il soit meilleur comme le disent les oulémas de prier à l’heure à l’instar du deuxième groupe. L’étude de ce hadith authentique rapporté par Bukhari démontre clairement que des compréhensions diverses n’entrainent pas forcément une issue négative.

Bien au contraire, la religion tolère non seulement diverses compréhensions mais encourage en plus l’effort intellectuel visant à résoudre un problème même d’ordre théologique. L’anecdote suivante le confirme. On rapporte que le Prophète demanda à Muaadh avant de l’envoyer au Yémen : « Et si tu ne trouves pas le jugement (d’un problème) ni dans le coran ni dans la sunna de Son messager, que feras tu ? », ce dernier lui répondit : « Je ferais un effort intellectuel personnel » Tirmidhi.

A ce propos, l’imam Ali disait : « La porte de la révélation est fermée après la descente du coran mais il reste toujours la compréhension que chacun peut avoir dans le livre d’Allah ».

L’aspect littéral des sources

Le coran a été révélé en « une langue arabe très clair » S.26-v195. La langue arabe (comme toutes les autres langues) possède son propre code stylistique et rhétorique avec par exemple l’emploi du sens propres ou figuré, de paraboles, de métaphores, d’expressions... Par conséquent, nul ne peut prétendre détenir une quelconque maîtrise du coran sans un retour à l’origine autrement dit à la littérature arabe. Les juristes n’échappent pas à la règle. On remarque qu’ils possèdent chacun une sensibilité littéraire propre. De cette sensibilité nait parfois divers avis juridiques. En voici l’exemple, Allah dit dans un verset: « Et les femmes divorcées doivent attendre un délai de trois menstrues » S,2-v228. Dans ce verset, le mot « menstrues » est la traduction du mot arabe « al quru » qui possède deux sens en arabe : le début des menstrues et la fin totale, d’où l’existence de différentes explications coranique. Certains comme c’est le cas d’Abou Bakr, ‘Omar, ‘Uthman, Ali suivis par de grands juristes comme Abou Hanifa ou Ibn Hanbal considèrent que le mot « qourou » désigne, ici, l’arrivée des menstrues. Par conséquent, selon eux, la femme divorcée est libre de se remarier dès le début de son troisième cycle de règles. Quant aux autres, Abdoullah Ibn Omar, Zayd Ibn Thabit ou encore Aïcha, le mot « quru » indique, d’après eux, la fin des menstrues. Ils sont donc d’avis que la femme divorcée ne peut se remarier qu’après l’arrêt total de ses règles. Les sept juristes de Médine et les imams Malik et Chafi’i partagent la même vision.

Soulignons que cet exemple réfute l’idée selon laquelle les avis juridiques auraient été unanimes à l’époque des compagnons et prétendant que les divergences juridiques apparaissent qu’à la mort des compagnons.

La reconnaissance ou non d’un texte

Etant donné que les textes coraniques et prophétiques sont à la base de la jurisprudence, il semble indispensable avant de recourir à une source de s’assurer de son niveau d’authenticité et de fiabilité. Il convient d’inciter sur ce point car l’absence de recherches poussées et sérieuses conduirait à occulter certaines sources voire à les rejeter totalement au risque de remettre en cause le bien fondé d’un avis juridique.

En ce qui concerne les hadiths, d’un ouléma à l’autre les connaissances peuvent parfois varier. Dans certains cas, il arrive même que la connaissance d’un hadith soit plus pointue dans une région plutôt qu’une autre. Effectivement, ceci s’explique par le simple fait que les compagnons ne se sont pas rendus dans les mêmes contrées et donc qu’ils n’ont pas transmis le même savoir partout, d’où l’existence de plusieurs fatwas pour une seule et même problématique.

Pour illustrer ce cas de figure, on peut citer l’exemple de la récitation à haute voix ou non de la basmallah dans les prières faites à voix haute. En effet, les avis des juristes sont partagés à ce sujet. Prenons l’exemple de l’imam Abou Hanifa, il considère qu’elle se récite à voix basse idem pour l’imam Ahmad Ibn Hanbal. L’imam Chafi’i considère, lui, qu’elle doit être lue à haute voix. En ce qui concerne l’imam Malik, il est d’avis que la basmallah ne se lit point, ni à voix haute ni à voix basse.

Ceux qui la lisent à voix haute se basent sur un hadith où il est rapporté selon Bukhari que les quatre califes la lisaient à voix basse. Quant à l’imam Chafii, il se base sur un hadith d’Um Salama où elle affirme que le Prophète récitait la basmallah à voix haute. Ce hadith est rapporté aussi dans Bukhari. Enfin, l’imam Malik se fonde sur un hadith rapporté par Anas qui affirme avoir prié derrière le Prophète et ne pas l’avoir entendu réciter la basmallah. Dans ce cas de figure, l’authenticité de chaque hadith n’étant pas discutable, chacun se réfère à la renommé oui ou non du hadith en fonction de la région.

Chères lectrices, Chers lecteurs, nous espérons que cette lecture vous aura permis de réaliser la complexité du travail des juristes et ce qui animait le Prophète lors de sa mise en garde : « Ne fais pas partie de notre communauté celui qui ne reconnaît pas aux oulémas leur mérite » Bukhari.

Inscrivez-vous à notre newsletter 💌
Ne loupez plus un seul de nos articles, inscrivez-vous à notre newsletter !

Suggestions

Science et Islam

La transcription de la sunna, à l’aube de la prophétie

Les oulémas de hadith considèrent comme étant sunna, tout ce qui, indépendamment du coran, a rapport avec la vie, l’histoire et les caractéristiques physiques ou morales du prophète, que cela se situe avant ou après la révélation. Ils se basent sur de nombreux hadiths dans lesquels le prophète place la sunna au même niveau que le coran. Il dit par exemple: « J’ai laissé parmi vous ce dont vous ne connaitrez aucun égarement si vous vous y tenez : le livre d’Allah et la sunna de Son messager ». Par conséquent, même si le coran est la base première de la législation islamique, la sunna du prophète est complémentaire.

Le coran, d’ailleurs, cite la sunna comme le fruit de la divine révélation. Autrement dit, il existe deux formes de révélations. Une révélation dite récitée, c'est-à-dire le coran, et, une révélation non récitée : la sunna. En référence à ces deux révélations, Allah dit à propos du prophète: « Et il ne se prononce point par passion, ce n’est en fait qu’une révélation qui lui est faite ». On note également que dans le coran l’obéissance au prophète est indissociable de l’obéissance envers Allah : « Celui qui obéit au messager a certes obéi à Allah ». En somme, nul ne peut prétendre comprendre l’islam en faisant abstraction de la sunna. D’ailleurs, la sunna est sanctifiée puisqu’elle sert à illustrer le coran : « Nous avons fait descendre sur toi le Rappel (la sunna) afin que tu expliques aux Hommes ce qui leur a été descendu (le coran) et afin qu’ils réfléchissent ».

L’utilité de la sunna

La maîtrise de la sunna garantie la bonne transmission des paroles, des actes et des gestes du prophète. Par ailleurs, la sunna représente la seconde source législative. Elle est définie dans le coran comme une sagesse: « wa anzala allah alaikal kitab wal hikmata wa’allamaka ma lam takoun ta’lam wa kana fadloul allahy ‘alaika ‘azima ». Ici, le mot hikma signifie la sunna ainsi que dans tous les versets où il est suivi du mot livre. Autrement dit, ce verset signifie en partie : « Allah a fait descendre vers toi le livre et la sunna ».

La sunna est au service du coran. Dans certains cas, elle confirme une règle édictée tandis que dans d’autres elle détaille une règle générale. Elle sert aussi le coran dans la mesure où elle apporte parfois une exception à la règle. Par exemple, on peut citer, le cas où elle apporte une exception à l’une des règles sur l’héritage. Ici, le coran, dans la sourate nisa, annonce que chaque individu doit léguer un héritage à sa mort. Allah y détaille les parts de l'héritage. La sunna, quant à elle, indique une exception faite par le prophète qui précise : « Nous les prophètes, nous n'héritons pas de nous. Mais nous laissons à notre mort une aumône qui se devra être distribuée aux pauvres ». Pour illustrer les détails transmis par la sunna, on relève la manière dont le prophète a expliqué avec précisément comment faire les prières. Parfois la sunna mentionne des règles qui ne figurent pas dans le coran. On considère alors que c'est règle à part entière, car Allah dit : « Tout ce que le prophète vous apporte, prenez-le et ce qu'il vous interdit, abandonnez-le ». Nous pouvons citer l’exemple du mariage. Dans le verset 22 de la sourate nisa, il est énuméré les femmes avec lesquelles il est interdit de se marier. Le prophète ajoute l’interdiction d’avoir comme coépouses une femme et sa tante. Dans ce cas, il faut suivre également la parole du prophète car Allah dit : « Celui qui suit le prophète a suivi Allah ».

En bref, on ne peut nier la place essentielle de la sunna dans la législation islamique. D’ailleurs, à ce propos, Allah dit : « Allah a fait descendre vers toi le rappel (la sunna) pour que tu éclaircisses aux hommes ce qui leur a été révélé (le coran) afin qu’ils puissent raisonner ». D’où la motivation des savants, depuis l’aube de l’islam, à apprendre, préserver et transmettre cette science.

Ceci étant dit, la sunna, est généralement en phase avec le coran. Elle illustre les grandes lignes, détaille les généralités, explique ses jugements et leurs finalités. Même dans les cas où elle apporte un jugement inédit, elle reste dans la même logique.

La transcription de la sunna à l’époque de la prophétie

L’imam Muslim rapporte dans son livre selon sayedouna Abi Said Al Khuduri que le prophète a dit : « N’écrivez rien d’autres de moi mis à part le coran, et que celui qui a écrit autre chose que le coran, l’efface alors ! ». Ce hadith authentique démontre qu’au début de l’islam, le prophète avait interdit l’écriture de la sunna. Cependant il est important de préciser que cette interdiction était destinée à des personnes déterminés et à une époque déterminée. Les savants expliquent qu’il l’interdit de peur que les compagnons mélangent ces écrits au coran. D’autant plus qu’à l’époque les supports n’étaient pas nombreux. D’autre part, les croyants de l’époque ne pouvaient pas discerner, au début, le coran de la sunna. Il leur fallait du temps pour apprendre à différencier les styles littéraires. En revanche, il n’interdit pas à ceux qui étaient aptes de le faire. Au contraire, une dizaine de hadith démontre que le prophète poussait ses compagnons à écrire les hadiths rapporté directement de lui. Citons, en guise d’exemple, le hadith rapporté par l’imam Al Dayrami selon Abdullah Ibn Amr Ibn Al Ass dans lequel il dit : « A l’époque du prophète j’écrivais tous ce que j’entendais de lui, que ce soit coran ou hadith, et je voulais les mémoriser ». Quraich tentèrent de l’en dissuader, lui disant : « Pourquoi écris-tu tout ce que tu entends du prophète ? Il reste un homme qui peut parler en état de colère et de joie et peut ainsi se tromper parfois ». Suite à quoi, il cessa d’écrire à l’exception de coran. Jusqu’au jour où il raconta au prophète les propos de Quraichs. Le prophète prit alors le doigt d’Abdullah Ibn Amr Ibn Al Ass, tira sa langue et dit : « Ecris tout ce que tu veux, je jure par celui qui détient mon âme qu’il n’y a que la vérité qui sort de ceci (en montrant sa propre langue) ». En outre, l’imam Abu Huraira disait : « Il n’y a aucun compagnon du prophète qui a plus de hadith que moi si ce n’est Abdullah Ibn Amr, pour la simple raison qu’il écrivait ces hadiths alors que moi je n’avais pas pour habitude de les écrire ».

Hedi Majdoub

il y a 3 mois

Science et Islam

Le recueil de Bukhari

Communément appelé le recueil authentique de Bukhari, ce recueil a été ainsi surnommé par l’imam Bukhari lui-même.

Il dit à ce sujet: « J’ai écrit mon recueil authentique en seize ans et je l’ai synthétisé en six cent mille hadith que j’ai mémorisé. J’ai fait de ce recueil un moyen devant Dieu de gagner sa satisfaction ». Dans ce recueil, l’imam Bukhari a veillé scrupuleusement à l’épurer au point de révéler: « Je n’ai écrit aucun des hadiths qui se trouvent dans ce recueil sans avoir au préalable effectué mes grandes ablutions et deux unités de prières ». En outre, il a admis dans ce recueil que des hadiths authentiques avec les chaines de transmission solides, allant du rapporteur jusqu’au prophète. Chaque maillon des chaines de transmission est connu pour sa mémoire, son équité et sa piété. Au terme de son travail d’écriture, il a pris le soin de le présenter à plusieurs savants, parmi eux : l’imam Ahmad Ibn Hanbal, Yahya Ibn Muiin et d’autres savants contemporains. Ils l’ont tous approuvé, sans aucune exception, et reconnu l’exceptionnel grandeur d’un tel ouvrage ainsi que le mérite de son auteur. Ce recueil regroupe sept-mille-trois-cent-quatre-vingt-dix-sept hadiths. En soustrayant les répétitions, on compte un total de deux-mille-six-cent-deux hadiths.

L’imam Abu Abdillah Muhammad Ibn Ismail Al Bukhari est appelé Amir Al Muminin dans les sciences de hadiths. Il est né orphelin en l’an 194, durant le mois de Chawal. Il grandit au sein d’une famille pieuse et savante. Il mémorise le coran avant d’atteindre l’âge de dix ans. Allah lui fit don d’une incroyable faculté de mémorisation. D’ailleurs il confie que lorsqu’il apprenait, il lui suffisait de lire une fois la tablette pour mémoriser son contenu. Il voyage énormément pour recueillir les hadiths. Il reste près de six années dans la péninsule arabique puis à Bassora, Koufa, en Egypte, en Syrie et d’autres pays marqués par la science des hadiths. Il rapporte les dires de beaucoup de grands savants comme Ahmad Ibn Al Hussein, Al Razi, Abi Ahmad Abi Al Hafiz. Ce dernier raconte: « J’ai entendu beaucoup de Shuyukhs de Bagdad dire que lorsque Muhammad Ibn Ismail Al Bukhari est arrivé à Bagdad, les gens de hadiths se sont regroupés pour le tester dans sa mémorisation et sa science. Ils lui donnèrent cent hadith (dix chacun car ils étaient au nombre de dix) en mélangeant délibérément les phrases et les chaines de transmission. Après avoir écouté chacun des dix personnes qui le testaient, sans prendre de notes, l’imam Bukhari reprit un par un chacun des hadiths en rectifiant toutes les erreurs qui s’y trouvaient. Ce test dura toute une journée. A la suite de cela, chacun questionna l’imam Bukhari sur des hadiths inventés alors il répondit qu’il ne connaissait pas ces hadiths. A la fin de ce test, ils attestèrent unanimement de la grandeur et de ses connaissances. Depuis ce jour, il reçut le titre d’Amir Al Muminin dans la science de hadith, bien entendu, le titre le plus distingué dans cette science ».

Rappelons que l’imam Bukhari a écrit ce recueil suite à un rêve dans lequel il vit le prophète assis alors que lui retirait certaines tâches de ses habits. C’est alors que le prophète lui dit : « Il arrivera un jour lorsque tu seras adulte, tu enlèveras les mensonges que l’on profère sur le dos du prophète ». L’imam Bukhari est décédé à l’âge de soixante-deux ans, en l’an 256. Rappelons aussi que grâce à ce travail colossal son nom demeure à jamais gravé dans l’Histoire. Connu de tous les musulmans et savants, il est inscrit dans la mémoire collective. L’imam Bukhari ne sait jamais marié au long de cette vie extrêmement dense et riche.

Chères lectrices, chers lecteur, nous espérons qu’à travers cet article vous mesurerez non seulement l’ampleur des travaux effectués pour la réalisation de ce recueil, mais aussi la grandeur de son auteur, un auteur exemplaire pour tous ceux qui recherche l’agrément d’Allah.

Mohamed Dahab

il y a 3 mois

Science et Islam

Les sources du droit, au temps des compagnons

Lorsque le prophète mourut en 610, Allah avait accompli son bienfait sur lui et parachevé la religion. Cependant, le droit islamique « fiqh » ne s’arrête pas à cette époque. Indépendamment du temps et de l’espace, il s’adapte en permanence. Du temps du calife Abu Bakr, lorsqu’une question se posait, on cherchait la réponse dans le coran et la sunna. S’il l’on ne trouvait pas de réponse dans les textes alors on s’en remettait aux compagnons. Ces derniers se regroupaient alors pour convenir ensemble d’une solution, comme ce fut le cas pour la compilation du coran. A l’époque du calife Omar, une dimension nouvelle devait être prise en compte. En effet, la conquête musulmane grandissante, on rencontrait de plus en plus de situations inédites par rapport à l’époque prophétique. Il devenait primordial de remédier à ces problèmes. Cet article expose la manière dont il fut convenu d’une réorganisation par les compagnons afin d’enrichir la jurisprudence islamique.

A l’époque des compagnons, la jurisprudence reposait sur quatre sources : le coran, la sunna, le consensus, et l’ijtihad. Cependant, les compagnons privilégiaient strictement la référence au coran pour inciter les hommes à le mémoriser et à l’étudier. A ce propos, lorsqu’Omar se rendit en Iraq avec un groupe de compagnons, il leurs dit : « Nous aimons entendre bourdonner, chez un peuple, la récitation du coran. Ne les coupez pas par les hadiths. Consacrez-vous au coran et limitez les hadiths du prophète ». Cette rigueur des compagnons s’explique par la crainte de voir attribuer au prophète des propos étrangers à sa personne. Rappelons que celui qui rapporte un hadith du prophète s’engage à une lourde responsabilité. En effet, le prophète a dit : « Celui qui rapporte volontairement de moi ce que je n’ai pas dit alors qu’il prépare sa place en enfer » (Bukhari). Enfin cette restriction, dans l’usage des sources, rétablit également l’ordre des priorités. La sunna complète le coran et non l’inverse !

Le consensus des compagnons

Nous entendons par là un accord unanime, de la part des compagnons, statuant sur une question posée. Omar Ibn Al Khattab avait pour habitude de réunir l’ensemble des compagnons juristes en l’absence de réponse clair et explicite dans le coran et la sunna. D’ailleurs, c’est par le même processus qu’Abu Bakr fut nommé calife et qu’il fut convenu du nombre de takbiraates lors de la prière mortuaire. Effectivement, à la demande d’Omar Ibn Al Khattab, les compagnons se réunirent et se mirent d’accord pour fixer le nombre de takbiraates à quatre, bien que le prophète en variait de quatre à huit lors de différentes prières mortuaires.

L’Ijtihad des compagnons

Le prophète autorisa et sensibilisa même les compagnons à la pratique de l’ijtihad. D’ailleurs, on sait que dans une lettre envoyée au Cadi Abou Musa Al Achaari par Omar ibn al khattab, il fait mention des règles du jugement, de ses caractéristiques, du déroulement du ijtihad et de la déduction des jugements. Il écrivit: « Ensuite fit toi à la compréhension, à ton ressentiment, sur ce que tu ne trouveras pas dans le coran et la sunna ». Etant donné que l’ijtihad repose sur la recherche, la compréhension, il est évidemment normal d’obtenir des raisonnements différents d’un compagnon à un autre.

Les compagnons Mufti

Certains compagnons, après la mort du prophète, se sont démarqués par leurs connaissances et leurs compétences dans les sciences. Parmi eux, certains devinrent mufti grâce à leur capacité à promulguer des fatwas, à la connaissance du droit et des jugements. On peut citer :

  • Ali Ibn Talib

    L’imam Ali ibn Talib mémorisa tous les versets coraniques et tous les hadiths qu’il avait pu entendre du prophète. Il disait à ce propos: « Par Dieu, pas un verset ne fut révélé sans que je ne connaisse où et pourquoi il fut révélé ». Avant son départ pour le Yémen, il dit au prophète : « Ô messager de Dieu, tu m’envoies alors que je suis encore jeune et méconnaissant du jugement ». Le prophète frappa alors sa poitrine et dit : « Ô Dieu guide son cœur et raffermit sa langue ». L’imam Ali déclara plus tard : « Par celui qui a fait fendre la graine, jamais je n’ai douté sur un jugement opposant deux personnes ». C’est pourquoi, sans doute, Omar s’abstenait toujours de prononcer un jugement sans l’approbation de l’imam Ali.

  • Omar Ibn Khattab

    Le prophète disait de lui : « Parmi les peuples qui nous ont précédé, certains n’étaient pas des prophètes mais recevaient la parole d’Allah. S’il devait en avoir un dans ma communauté ce serait Omar Ibn Al Khattab ». Le prophète disait aussi « Dieu a placé la vérité dans la langue d’Omar, ainsi que dans son cœur ». Omar fut le premier à écrire un livre sur l’Histoire en l’an 16 de l’Hégire. L’hégire, événement, par lequel débute justement son récit. En outre, il fut celui qui prit la décision de regrouper les hommes pour la prière nocturne, durant le mois de ramadan.

  • Aicha, la mère des croyants

    Elle fut une grande juriste, savante, éloquente et spécialiste des hadiths. Elle mémorisa un grand nombre d’entre eux et connaissait parfaitement l’Histoire du peuple arabe. En outre, elle excellait dans l’art de la poésie. Elle rapporta un grand nombre de hadiths aux compagnons et tabiis. Salmah Ibn Abdul Rahoran affirma : « Je n’ai vu plus savant de la sunna du prophète, plus juriste et connaisseur des versets coraniques qu’Aicha ».

  • Abdallah Ibn Masuud

    Ibn Masuud non seulement participant de la bataille de Badr, parmi les premiers musulmans, il fut aussi l’un des plus grands juristes et un excellent lecteur. Voilà, sans doute, pourquoi le prophète déclara : « Que celui qui veut réciter le coran comme il fut révélé, apprenne de la récitation d’Oum Abd ».

Bien entendu cette liste de compagnons n’est pas exhaustive. L’intérêt, étant simplement d’illustrer les compétences juridiques des compagnons parallèlement au fonctionnement de la juridiction islamique de l’époque.

Hedi Majdoub

il y a 3 mois