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Le mois de Muharram
Saadia Agdar
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C’est le premier mois lunaire du calendrier hégirien, il a été marqué par plusieurs événements majeurs de l’histoire musulmane ; il y a eu l’hégire du prophète le 1er jour de muharram, la recommandation du prophète de jeûner le 10ème jour, celui de Achoura

Premier mois de l’année

Par Sa miséricorde et Sa sagesse, Allah a prescrit les rituels musulmans et les a organisés de manière à ce qu’ils correspondent à des moments et périodes bien déterminés dans l’année. Nous ne pouvons pas rester insensibles et insouciants quant à la période où intervient le pèlerinage. En effet, c’est durant le dernier mois de l’année lunaire, celui de Zul Hijja, que Dieu donne la possibilité à toute personne désireuse de se racheter de ses péchés, de se rendre à la mosquée sacrée de La Mecque afin de se voir pardonné. Le prophète, paix et salut sur lui, nous dit dans ce sens : « Celui qui accomplit le pèlerinage sans proférer de paroles obscènes, ni commettre d’actes indécents, sort de son pèlerinage aussi pur que le jour de sa naissance » Bukhari. Le mois de Zul Hijja compte également en son sein, les jours les plus bénis de l’année, ceux par lesquels Allah a juré dans le saint coran lorsqu’Il dit dans la sourate Al Fajr : «Par l'Aube! Et par les dix nuits ! » s.89-v1/2. Le prophète définit de manière explicite le mérite de ces jours : « Il n’y a pas de jours plus importants auprès d’Allah - exalté soit-Il - et au cours desquels les œuvres sont plus aimées de Lui, que durant ces 10 jours. » Tabarani. En jeûnant le jour d’Arafat, neuvième des dix jours, celui où Allah nous garantit « d’effacer les péchés de deux années: l’année passée et celle à venir » Muslim, le fidèle a une fois de plus la chance de se repentir. Le mois de Muharram est alors l’occasion pour tout un chacun de se remettre en question, engager de nouvelles résolutions et réformes dans sa vie religieuse afin que l’année qui débute soit meilleure que la précédente. Ainsi l’idée d’évolution et de progression spirituelle pourra alors être effective. Cette idée de révision de soi même est indispensable pour l’épanouissement moral. Le compagnon Umar Ibn Al Khattab avait l’habitude de dire : « Jugez vous avant que l’on vous juge ».

L’hégire du prophète à Yathrib (Médine)

Lorsque l’on évoque le premier mois de l’année hégirienne, Muharram, nous vient à l’esprit l’hégire du prophète, paix et salut sur lui. Ce voyage qui l’a fait quitter La Mecque pour rejoindre Médine. Un voyage qui marqua à la fois la fin de l’oppression que subissaient les musulmans et le début d’une ère florissante. Après treize années d’appels vers l’islam, le prophète, paix et salut sur lui, reçut l’ordre de quitter la Mecque pour Médine afin de fuir les nombreuses et diverses persécutions des païens Quraychites qui refusaient de croire en la prophétie du Messager de Dieu. Les musulmans étaient alors faibles, en petit nombre, attaqués et menacés de tous les côtés. Alors, avant la prescription de l’hégire, les musulmans ont d’abord commencé à quitter la Mecque clandestinement par petit groupe. Lorsque le prophète reçut l’ordre d’Allah de quitter la Mecque, c’est l’ange Jibril qui vint le voir pour le lui transmettre : « Cette nuit, ne dors pas dans ton lit ». A la nuit tombée, la maison du prophète fut encerclée par les Quraychites mais, malgré tous leur préparatifs, le messager d’Allah put quitter sa demeure sans être vu par aucun d’entre eux. Et pour bien marquer son passage, le Prophète fit le tour du groupe, lança une poignée de sable à la figure de chacun d’eux et récita le verset où Allah dit : « et Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière derrière eux ; Nous les recouvrirons d'un voile : et voilà qu’ils ne pourront rien voir. » S.36-v9. Au lendemain matin, les qurayshites se réveillèrent et comprirent à la vue du sable sur leurs cheveux, qu’ils avaient non seulement failli à leur mission mais venaient d’être ridiculisés par le prophète, paix et salut sur lui. Ils enfoncèrent alors la porte de la demeure du prophète mais ne virent dans son lit que l’imam Ali qui avait prit la place du Messager. Après avoir vécue 53 années à La Mecque, cette ville qui le vit naître lui ainsi que ses ancêtres, le voilà contraint à la quitter. Arrivé à la frontière mecquoise, il tourna son noble visage vers cette cité, sa cité, et s’adressa à elle en ces termes : « O toi La Mecque, je jure par Allah que parmi les cités terrestres tu es ma préférée et si ton peuple ne m’avais pas contraint à te quitter, jamais je ne l’aurais fait. » Ibn Hicham. A ce moment là, alors que le Prophète montre son attachement à sa terre tant aimée, les portes du ciel s’ouvrirent et l’ange Jibril descendit vers le prophète, paix et salut sur lui, accompagné d’un message divin, un verset coranique dans lequel Dieu dit à Son Bien Aimé : « Celui qui t'a prescrit le Coran te ramènera certainement là où tu (souhaites) retourner. Dis : "Mon Seigneur connaît mieux celui qui a apporté la guidée et celui qui est dans un égarement évident. » S.28-v85. Parmi les enseignements que nous offre l’hégire du prophète, paix et salut sur lui, c’est le coté relationnel entre les musulmans eux mêmes et ceux qui ne partageaient pas leurs mêmes convictions. En effet, lorsque le prophète décida de quitter la Mecque, ni lui ni Abu Bakr ne connaissait le chemin qui les ramènera à la grotte Thawr. Ils louèrent alors les services d’un homme non croyant, qui n’était donc pas musulman, mais qui malgré cela, accepta de les mener là où ils seraient en sécurité. Notons aussi que le prophète n’hésita pas à s’en remettre et même solliciter le soutien d’un non musulman tant que celui-ci était digne de confiance. Tels sont les enseignements de l’islam. Allah dit : « Allah ne vous défend pas d'être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables. » S.60-v8.

« Que penses-tu de deux personnes dont Dieu est le Troisième ? ». S’il devait y avoir une parole résumant la situation que vécurent le messager d’Allah et son intime compagnon Abu Bakr dans la fameuse grotte Thawr, ce serait celle-ci. Après avoir été pourchassés par les mecquois, qui souhaitaient en finir avec leurs vies, tous deux pénétrèrent une grotte afin de s’y réfugier. Le miracle divin intervenu au moment où les qurayshites s’approchèrent de la grotte ; Dieu fit tisser une toile d’araignée à l’entrée de celle ci et plaça un oiseau dans son nid avec ses petits, écartant l’hypothèse que les musulmans auraient pu se réfugier dans cet endroit. Abou Bakr était si terrifié qu’il fit part de son inquiétude au prophète qui le réconforta en lui disant : « Que penses-tu de deux personnes dont Dieu est le Troisième ? ». Dieu relata cet épisode dans le coran : « Si vous ne lui portez pas secours... Allah l'a déjà secouru, lorsque ceux qui avaient mécru l'avaient banni, deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et qu'il disait à son compagnon : "Ne t'afflige pas, car Allah est avec nous." » S.9-v40.

Une fois arrivé à Médine, le prophète s’y installa, y construit sa mosquée ainsi que sa demeure, et appela les Muhajirines, les émigrants, et ceux qui les avaient accueilli, les Ansars, à la fraternité. À Médine, le Prophète devint le chef de l'État, Yathrib fut alors appelée « la ville du Prophète », Madinatou an-Nabi. Il mit en place une charte des Droits et Libertés humaines qui sera appelée la Constitution de Médine. A travers celle-ci, le prophète détermina que les croyants monothéistes musulmans, juifs et chrétiens, ne formeraient qu’une seule et unique communauté. Il décida également que chaque juif avait les mêmes droits que les musulmans et la même liberté de prêcher leur conviction religieuse. Interdiction faite également à tout croyant monothéiste de commettre un péché portant préjudice à l’autre groupe. La protection de Dieu est sur tous les croyants monothéistes. Quant au sein des musulmans, quels que soient leurs clans ou origines tribales, ils partagent entre eux le prix du sang, payent la rançon des captifs selon le bon usage et l'équité. Le prophète montra alors sa capacité à diriger et organiser un état en faisant preuve d’une moralité et d’un sens de la paix inégalés dans l’histoire de l’humanité.

Le jour d’Achoura

Achoura vient du mot عشرة (‘acharah), c’est le nombre dix en arabe. Il correspond au dixième jour du mois de Muharram. C’est un jour de victoire et de triomphe dans l’histoire des religions. En effet, c’est dans ce jour qu’Allah secourut ses prophètes et messagers dans les moments les plus difficiles de leur prédication. En arrivant à Médine, le prophète, paix et salut sur lui, constata que les juifs jeûnaient ce jour, il les interrogea alors sur les raisons de ce jeûne. Ils répondirent que c’est un grand jour durant lequel Allah sauva Moussa (Moïse) et son peuple de l’armée de Pharaon et qu’ils le jeunaient en guise de remerciement. Le prophète leur dit alors « Nous sommes plus digne de Moïse que vous » et instaura non seulement le jeûne d’Achoura mais recommanda également de jeûner le neuvième et onzième jour. Selon Abu Qatada, le messager d’Allah, paix et salut sur lui, dit : « je jeûne le jour d’Achoura dans l’espoir qu’Allah pardonne les péchés de l’année écoulée » Muslim. Avant la prescription du jeune du mois de ramadan, le jeune d’Achoura fut obligatoire. Une fois le jeune de Ramadan prescrit, Achoura devint alors facultatif mais très recommandé au vu des mérites qu’il renferme.

Chers lectrices, chers lecteurs, le mois de muharam est un mois sacré durant lequel Allah multiplie la récompense des bonnes actions. Il serait dommage de passer à côté de toutes les miséricordes disposées au croyant à l’occasion de ce mois. Grâce au jeûne du jour d’Achoura, Allah nous offre la chance de débuter l’année de la meilleure des façons. Nous vous souhaitons donc une excellente année 1433 de l’ère hégirienne et espérons qu’elle soit pour vous une année de réussite tant sur le plan religieux que professionnel et aussi sentimental.

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Suggestions

Science et Islam

La transcription de la sunna, à l’aube de la prophétie

Les oulémas de hadith considèrent comme étant sunna, tout ce qui, indépendamment du coran, a rapport avec la vie, l’histoire et les caractéristiques physiques ou morales du prophète, que cela se situe avant ou après la révélation. Ils se basent sur de nombreux hadiths dans lesquels le prophète place la sunna au même niveau que le coran. Il dit par exemple: « J’ai laissé parmi vous ce dont vous ne connaitrez aucun égarement si vous vous y tenez : le livre d’Allah et la sunna de Son messager ». Par conséquent, même si le coran est la base première de la législation islamique, la sunna du prophète est complémentaire.

Le coran, d’ailleurs, cite la sunna comme le fruit de la divine révélation. Autrement dit, il existe deux formes de révélations. Une révélation dite récitée, c'est-à-dire le coran, et, une révélation non récitée : la sunna. En référence à ces deux révélations, Allah dit à propos du prophète: « Et il ne se prononce point par passion, ce n’est en fait qu’une révélation qui lui est faite ». On note également que dans le coran l’obéissance au prophète est indissociable de l’obéissance envers Allah : « Celui qui obéit au messager a certes obéi à Allah ». En somme, nul ne peut prétendre comprendre l’islam en faisant abstraction de la sunna. D’ailleurs, la sunna est sanctifiée puisqu’elle sert à illustrer le coran : « Nous avons fait descendre sur toi le Rappel (la sunna) afin que tu expliques aux Hommes ce qui leur a été descendu (le coran) et afin qu’ils réfléchissent ».

L’utilité de la sunna

La maîtrise de la sunna garantie la bonne transmission des paroles, des actes et des gestes du prophète. Par ailleurs, la sunna représente la seconde source législative. Elle est définie dans le coran comme une sagesse: « wa anzala allah alaikal kitab wal hikmata wa’allamaka ma lam takoun ta’lam wa kana fadloul allahy ‘alaika ‘azima ». Ici, le mot hikma signifie la sunna ainsi que dans tous les versets où il est suivi du mot livre. Autrement dit, ce verset signifie en partie : « Allah a fait descendre vers toi le livre et la sunna ».

La sunna est au service du coran. Dans certains cas, elle confirme une règle édictée tandis que dans d’autres elle détaille une règle générale. Elle sert aussi le coran dans la mesure où elle apporte parfois une exception à la règle. Par exemple, on peut citer, le cas où elle apporte une exception à l’une des règles sur l’héritage. Ici, le coran, dans la sourate nisa, annonce que chaque individu doit léguer un héritage à sa mort. Allah y détaille les parts de l'héritage. La sunna, quant à elle, indique une exception faite par le prophète qui précise : « Nous les prophètes, nous n'héritons pas de nous. Mais nous laissons à notre mort une aumône qui se devra être distribuée aux pauvres ». Pour illustrer les détails transmis par la sunna, on relève la manière dont le prophète a expliqué avec précisément comment faire les prières. Parfois la sunna mentionne des règles qui ne figurent pas dans le coran. On considère alors que c'est règle à part entière, car Allah dit : « Tout ce que le prophète vous apporte, prenez-le et ce qu'il vous interdit, abandonnez-le ». Nous pouvons citer l’exemple du mariage. Dans le verset 22 de la sourate nisa, il est énuméré les femmes avec lesquelles il est interdit de se marier. Le prophète ajoute l’interdiction d’avoir comme coépouses une femme et sa tante. Dans ce cas, il faut suivre également la parole du prophète car Allah dit : « Celui qui suit le prophète a suivi Allah ».

En bref, on ne peut nier la place essentielle de la sunna dans la législation islamique. D’ailleurs, à ce propos, Allah dit : « Allah a fait descendre vers toi le rappel (la sunna) pour que tu éclaircisses aux hommes ce qui leur a été révélé (le coran) afin qu’ils puissent raisonner ». D’où la motivation des savants, depuis l’aube de l’islam, à apprendre, préserver et transmettre cette science.

Ceci étant dit, la sunna, est généralement en phase avec le coran. Elle illustre les grandes lignes, détaille les généralités, explique ses jugements et leurs finalités. Même dans les cas où elle apporte un jugement inédit, elle reste dans la même logique.

La transcription de la sunna à l’époque de la prophétie

L’imam Muslim rapporte dans son livre selon sayedouna Abi Said Al Khuduri que le prophète a dit : « N’écrivez rien d’autres de moi mis à part le coran, et que celui qui a écrit autre chose que le coran, l’efface alors ! ». Ce hadith authentique démontre qu’au début de l’islam, le prophète avait interdit l’écriture de la sunna. Cependant il est important de préciser que cette interdiction était destinée à des personnes déterminés et à une époque déterminée. Les savants expliquent qu’il l’interdit de peur que les compagnons mélangent ces écrits au coran. D’autant plus qu’à l’époque les supports n’étaient pas nombreux. D’autre part, les croyants de l’époque ne pouvaient pas discerner, au début, le coran de la sunna. Il leur fallait du temps pour apprendre à différencier les styles littéraires. En revanche, il n’interdit pas à ceux qui étaient aptes de le faire. Au contraire, une dizaine de hadith démontre que le prophète poussait ses compagnons à écrire les hadiths rapporté directement de lui. Citons, en guise d’exemple, le hadith rapporté par l’imam Al Dayrami selon Abdullah Ibn Amr Ibn Al Ass dans lequel il dit : « A l’époque du prophète j’écrivais tous ce que j’entendais de lui, que ce soit coran ou hadith, et je voulais les mémoriser ». Quraich tentèrent de l’en dissuader, lui disant : « Pourquoi écris-tu tout ce que tu entends du prophète ? Il reste un homme qui peut parler en état de colère et de joie et peut ainsi se tromper parfois ». Suite à quoi, il cessa d’écrire à l’exception de coran. Jusqu’au jour où il raconta au prophète les propos de Quraichs. Le prophète prit alors le doigt d’Abdullah Ibn Amr Ibn Al Ass, tira sa langue et dit : « Ecris tout ce que tu veux, je jure par celui qui détient mon âme qu’il n’y a que la vérité qui sort de ceci (en montrant sa propre langue) ». En outre, l’imam Abu Huraira disait : « Il n’y a aucun compagnon du prophète qui a plus de hadith que moi si ce n’est Abdullah Ibn Amr, pour la simple raison qu’il écrivait ces hadiths alors que moi je n’avais pas pour habitude de les écrire ».

Hedi Majdoub

il y a 4 mois

Science et Islam

Le recueil de Bukhari

Communément appelé le recueil authentique de Bukhari, ce recueil a été ainsi surnommé par l’imam Bukhari lui-même.

Il dit à ce sujet: « J’ai écrit mon recueil authentique en seize ans et je l’ai synthétisé en six cent mille hadith que j’ai mémorisé. J’ai fait de ce recueil un moyen devant Dieu de gagner sa satisfaction ». Dans ce recueil, l’imam Bukhari a veillé scrupuleusement à l’épurer au point de révéler: « Je n’ai écrit aucun des hadiths qui se trouvent dans ce recueil sans avoir au préalable effectué mes grandes ablutions et deux unités de prières ». En outre, il a admis dans ce recueil que des hadiths authentiques avec les chaines de transmission solides, allant du rapporteur jusqu’au prophète. Chaque maillon des chaines de transmission est connu pour sa mémoire, son équité et sa piété. Au terme de son travail d’écriture, il a pris le soin de le présenter à plusieurs savants, parmi eux : l’imam Ahmad Ibn Hanbal, Yahya Ibn Muiin et d’autres savants contemporains. Ils l’ont tous approuvé, sans aucune exception, et reconnu l’exceptionnel grandeur d’un tel ouvrage ainsi que le mérite de son auteur. Ce recueil regroupe sept-mille-trois-cent-quatre-vingt-dix-sept hadiths. En soustrayant les répétitions, on compte un total de deux-mille-six-cent-deux hadiths.

L’imam Abu Abdillah Muhammad Ibn Ismail Al Bukhari est appelé Amir Al Muminin dans les sciences de hadiths. Il est né orphelin en l’an 194, durant le mois de Chawal. Il grandit au sein d’une famille pieuse et savante. Il mémorise le coran avant d’atteindre l’âge de dix ans. Allah lui fit don d’une incroyable faculté de mémorisation. D’ailleurs il confie que lorsqu’il apprenait, il lui suffisait de lire une fois la tablette pour mémoriser son contenu. Il voyage énormément pour recueillir les hadiths. Il reste près de six années dans la péninsule arabique puis à Bassora, Koufa, en Egypte, en Syrie et d’autres pays marqués par la science des hadiths. Il rapporte les dires de beaucoup de grands savants comme Ahmad Ibn Al Hussein, Al Razi, Abi Ahmad Abi Al Hafiz. Ce dernier raconte: « J’ai entendu beaucoup de Shuyukhs de Bagdad dire que lorsque Muhammad Ibn Ismail Al Bukhari est arrivé à Bagdad, les gens de hadiths se sont regroupés pour le tester dans sa mémorisation et sa science. Ils lui donnèrent cent hadith (dix chacun car ils étaient au nombre de dix) en mélangeant délibérément les phrases et les chaines de transmission. Après avoir écouté chacun des dix personnes qui le testaient, sans prendre de notes, l’imam Bukhari reprit un par un chacun des hadiths en rectifiant toutes les erreurs qui s’y trouvaient. Ce test dura toute une journée. A la suite de cela, chacun questionna l’imam Bukhari sur des hadiths inventés alors il répondit qu’il ne connaissait pas ces hadiths. A la fin de ce test, ils attestèrent unanimement de la grandeur et de ses connaissances. Depuis ce jour, il reçut le titre d’Amir Al Muminin dans la science de hadith, bien entendu, le titre le plus distingué dans cette science ».

Rappelons que l’imam Bukhari a écrit ce recueil suite à un rêve dans lequel il vit le prophète assis alors que lui retirait certaines tâches de ses habits. C’est alors que le prophète lui dit : « Il arrivera un jour lorsque tu seras adulte, tu enlèveras les mensonges que l’on profère sur le dos du prophète ». L’imam Bukhari est décédé à l’âge de soixante-deux ans, en l’an 256. Rappelons aussi que grâce à ce travail colossal son nom demeure à jamais gravé dans l’Histoire. Connu de tous les musulmans et savants, il est inscrit dans la mémoire collective. L’imam Bukhari ne sait jamais marié au long de cette vie extrêmement dense et riche.

Chères lectrices, chers lecteur, nous espérons qu’à travers cet article vous mesurerez non seulement l’ampleur des travaux effectués pour la réalisation de ce recueil, mais aussi la grandeur de son auteur, un auteur exemplaire pour tous ceux qui recherche l’agrément d’Allah.

Mohamed Dahab

il y a 4 mois

Science et Islam

Les sources du droit, au temps des compagnons

Lorsque le prophète mourut en 610, Allah avait accompli son bienfait sur lui et parachevé la religion. Cependant, le droit islamique « fiqh » ne s’arrête pas à cette époque. Indépendamment du temps et de l’espace, il s’adapte en permanence. Du temps du calife Abu Bakr, lorsqu’une question se posait, on cherchait la réponse dans le coran et la sunna. S’il l’on ne trouvait pas de réponse dans les textes alors on s’en remettait aux compagnons. Ces derniers se regroupaient alors pour convenir ensemble d’une solution, comme ce fut le cas pour la compilation du coran. A l’époque du calife Omar, une dimension nouvelle devait être prise en compte. En effet, la conquête musulmane grandissante, on rencontrait de plus en plus de situations inédites par rapport à l’époque prophétique. Il devenait primordial de remédier à ces problèmes. Cet article expose la manière dont il fut convenu d’une réorganisation par les compagnons afin d’enrichir la jurisprudence islamique.

A l’époque des compagnons, la jurisprudence reposait sur quatre sources : le coran, la sunna, le consensus, et l’ijtihad. Cependant, les compagnons privilégiaient strictement la référence au coran pour inciter les hommes à le mémoriser et à l’étudier. A ce propos, lorsqu’Omar se rendit en Iraq avec un groupe de compagnons, il leurs dit : « Nous aimons entendre bourdonner, chez un peuple, la récitation du coran. Ne les coupez pas par les hadiths. Consacrez-vous au coran et limitez les hadiths du prophète ». Cette rigueur des compagnons s’explique par la crainte de voir attribuer au prophète des propos étrangers à sa personne. Rappelons que celui qui rapporte un hadith du prophète s’engage à une lourde responsabilité. En effet, le prophète a dit : « Celui qui rapporte volontairement de moi ce que je n’ai pas dit alors qu’il prépare sa place en enfer » (Bukhari). Enfin cette restriction, dans l’usage des sources, rétablit également l’ordre des priorités. La sunna complète le coran et non l’inverse !

Le consensus des compagnons

Nous entendons par là un accord unanime, de la part des compagnons, statuant sur une question posée. Omar Ibn Al Khattab avait pour habitude de réunir l’ensemble des compagnons juristes en l’absence de réponse clair et explicite dans le coran et la sunna. D’ailleurs, c’est par le même processus qu’Abu Bakr fut nommé calife et qu’il fut convenu du nombre de takbiraates lors de la prière mortuaire. Effectivement, à la demande d’Omar Ibn Al Khattab, les compagnons se réunirent et se mirent d’accord pour fixer le nombre de takbiraates à quatre, bien que le prophète en variait de quatre à huit lors de différentes prières mortuaires.

L’Ijtihad des compagnons

Le prophète autorisa et sensibilisa même les compagnons à la pratique de l’ijtihad. D’ailleurs, on sait que dans une lettre envoyée au Cadi Abou Musa Al Achaari par Omar ibn al khattab, il fait mention des règles du jugement, de ses caractéristiques, du déroulement du ijtihad et de la déduction des jugements. Il écrivit: « Ensuite fit toi à la compréhension, à ton ressentiment, sur ce que tu ne trouveras pas dans le coran et la sunna ». Etant donné que l’ijtihad repose sur la recherche, la compréhension, il est évidemment normal d’obtenir des raisonnements différents d’un compagnon à un autre.

Les compagnons Mufti

Certains compagnons, après la mort du prophète, se sont démarqués par leurs connaissances et leurs compétences dans les sciences. Parmi eux, certains devinrent mufti grâce à leur capacité à promulguer des fatwas, à la connaissance du droit et des jugements. On peut citer :

  • Ali Ibn Talib

    L’imam Ali ibn Talib mémorisa tous les versets coraniques et tous les hadiths qu’il avait pu entendre du prophète. Il disait à ce propos: « Par Dieu, pas un verset ne fut révélé sans que je ne connaisse où et pourquoi il fut révélé ». Avant son départ pour le Yémen, il dit au prophète : « Ô messager de Dieu, tu m’envoies alors que je suis encore jeune et méconnaissant du jugement ». Le prophète frappa alors sa poitrine et dit : « Ô Dieu guide son cœur et raffermit sa langue ». L’imam Ali déclara plus tard : « Par celui qui a fait fendre la graine, jamais je n’ai douté sur un jugement opposant deux personnes ». C’est pourquoi, sans doute, Omar s’abstenait toujours de prononcer un jugement sans l’approbation de l’imam Ali.

  • Omar Ibn Khattab

    Le prophète disait de lui : « Parmi les peuples qui nous ont précédé, certains n’étaient pas des prophètes mais recevaient la parole d’Allah. S’il devait en avoir un dans ma communauté ce serait Omar Ibn Al Khattab ». Le prophète disait aussi « Dieu a placé la vérité dans la langue d’Omar, ainsi que dans son cœur ». Omar fut le premier à écrire un livre sur l’Histoire en l’an 16 de l’Hégire. L’hégire, événement, par lequel débute justement son récit. En outre, il fut celui qui prit la décision de regrouper les hommes pour la prière nocturne, durant le mois de ramadan.

  • Aicha, la mère des croyants

    Elle fut une grande juriste, savante, éloquente et spécialiste des hadiths. Elle mémorisa un grand nombre d’entre eux et connaissait parfaitement l’Histoire du peuple arabe. En outre, elle excellait dans l’art de la poésie. Elle rapporta un grand nombre de hadiths aux compagnons et tabiis. Salmah Ibn Abdul Rahoran affirma : « Je n’ai vu plus savant de la sunna du prophète, plus juriste et connaisseur des versets coraniques qu’Aicha ».

  • Abdallah Ibn Masuud

    Ibn Masuud non seulement participant de la bataille de Badr, parmi les premiers musulmans, il fut aussi l’un des plus grands juristes et un excellent lecteur. Voilà, sans doute, pourquoi le prophète déclara : « Que celui qui veut réciter le coran comme il fut révélé, apprenne de la récitation d’Oum Abd ».

Bien entendu cette liste de compagnons n’est pas exhaustive. L’intérêt, étant simplement d’illustrer les compétences juridiques des compagnons parallèlement au fonctionnement de la juridiction islamique de l’époque.

Hedi Majdoub

il y a 4 mois