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Le Ramadan
Hedi Majdoub
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Considéré comme le mois le plus spirituel de l'année chez les musulmans, le mois de ramadan est un rendez-vous annuel incontournable pour toute une communauté. Le jeûne de ce mois béni se positionne à la troisième place dans les cinq piliers de l'islam. Non seulement il s’inscrit dans les actes d’adorations à caractère obligatoire mais il représente, en outre, une période durant laquelle de bonnes résolutions sont prises souvent accompagnées d’un engagement spirituellement. En effet, le musulman perçoit à travers cette occasion l’opportunité de signer sa rédemption et de débuter une vie nouvelle, plus saine et plus morale.

Chaque jour, il confronte sa foi aux plaisirs éphémères et aux jouissances de la vie prenant ainsi pleine conscience de ses faiblesses. Pour aider et faciliter le croyant au cours de ce neuvième mois lunaire, Le Tout Miséricordieux a tout planifié. A ce propos, Le Prophète, paix et bénédiction sur lui dit : «Le Ramadan est venu à vous! C'est un mois de bénédiction. Allah vous enveloppe de paix et fait descendre la miséricorde. Il décharge le croyant de ses fautes et Il exauce ses demandes. Allah vous regarde rivaliser d'ardeur dans ce but et Il se loue de vous auprès de Ses anges. Montrez à Allah le meilleur de vous-mêmes, car il est bien malheureux celui qui est privé de la miséricorde d'Allah, Puissant et Majestueux! » (Ibn Majah) et : «Lorsque arrive la première nuit du mois de Ramadan, Allah ordonne à son Paradis: «Prépare-toi et embellis-toi pour Mes serviteurs qui viendront bientôt dans Ma demeure et Ma générosité se reposer des peines du monde d’ici-bas». (Bayhaqi). la nuit de la décision. Voilà autant d’événements qui justifient l'importance de ce mois.

Durant ce mois, le croyant doit s'abstenir de consommer toutes formes de nourriture et de boissons dès l'aube jusqu'au coucher du soleil. Loin de se réduire à l’abstinence alimentaire, le jeûne exige de l’Homme la mobilisation de tout son être. Le respect des règles du jeûne en matière de privation alimentaire et de plaisirs charnels doit s’accompagner également d’une maîtrise des autres sens et plus particulièrement celui de la langue : « Le jeûne est un bouclier ; aussi, lorsque vous jeûnez, évitez de dire des paroles oiseuses ou de vociférer ; et si quelqu’un vous insulte et vous cherche querelle, dites : « Je jeûne. » (Bukhari). Ce hadith de notre bien-aimé, le Prophète, souligne l’importance de se maîtriser et de ne pas se laisser emporter pas l’énervement ou le sentiment de rancune. D’ailleurs, le jeûne ne sera récompensé que si le croyant parvient à maîtriser tous ses membres. Notre bien-aimé le Prophète dit : « Celui qui ne s’abstient pas de mentir et de mal se conduire, Allah n’a pas besoin qu’il s’abstienne de boire ni de manger. » Ou encore : « Il y a des jeûneurs qui ne gagnent de leur jeûne que la faim et la soif » (Ibn Majah). C’est en ces termes qu’Allah définit la finalité du jeûne de ce mois : « Ô les croyants! On vous a prescrit le jeûne comme on l'a prescrit à ceux d'avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété ». Ce verset, à l’origine de la prescription de cette adoration (également présente chez les communautés antérieures), rappelle très clairement le but du jeûne : atteindre la piété. L’Homme faible et assujetti aux tentations, aux péchés et aux mensonges, entre autres, a besoin perpétuellement d'être guidé et rappelé vers le droit chemin. Le mois de ramadan apparaît donc comme une période idéale d’entraînement pour le croyant afin de se rapprocher de Dieu en multipliant les actes de piété. C'est le moment propice pour ceux qui étaient loin de la foi de se rapprocher, pour les pécheurs de se repentir, pour ceux qui ne pratiquaient pas de s'initier, pour les novices de se perfectionner ou encore pour les adorateurs d’accentuer leurs actes de dévotion. Autrement dit, tout le monde peut en tirer profit et voir à l'issu de ce mois ses péchés absous et ses fautes effacées : « Celui qui jeûne le mois de Ramadan, en connaissant et en respectant avec vigilance les règles du jeûne, expie les fautes de son passé » (Bukhari). Par ailleurs, contrairement aux actes de bien, dont la récompense appartient à l'Homme, le jeûne, lui, revient directement au Créateur. Il se chargera, Lui-même, de récompenser son serviteur : « Toute l’œuvre du fils d'Adam lui appartient à l'exception du jeûne qui M'appartient et c'est Moi Qui le rétribue. » (Bukhari).

Mois du Coran

« Le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque d'entre vous est présent en ce mois, qu'il jeûne! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu'il jeûne un nombre égal d'autres jours. - Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous, afin que vous en complétiez le nombre et que vous proclamiez la grandeur d'Allah pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants ! » s.2-v.185

Hormis le fait d’être le meilleur des mois, le mois de ramadan renferme également la meilleure des nuits : la nuit du destin, celle de la descente du Coran. Elle vaut mieux que mille mois d’adorations. Dieu dit : « Nous l’avons certes, fait descendre (le Coran) pendant la nuit du destin (Al-Qadr). Et qui te dira ce qu’est la nuit du destin ? La nuit du destin est meilleure que mille mois. Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre. Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube ».S.97 .Cette nuit est celle durant laquelle le Coran fut révélée afin d’illuminer l’humanité par sa guidée en la sortant des ténèbres de l’ignorance vers la lumière de la science et du savoir jusqu’à la fin des temps. Par conséquent, le mois de ramadan est évidemment le meilleur pour réserver une place d’honneur au Coran en s’adonnant à sa lecture. Non seulement la lecture mais aussi la méditation de ses sens et des secrets contenus sans ses versets. Il est essentiel d’achever au minimum une fois la lecture du Saint Coran si l’on désire profiter intégralement de la récompense de ce mois unique en termes de bienfaits. Effectivement, sa lecture constitue indéniablement une des meilleures adorations. Le Messager de Dieu a dit: « Celui qui lit une seule lettre du Coran s'inscrit une bonne action et la bonne action a dix fois son salaire. Je ne dis pas que alif, lam, mim (lettres énigmatiques se trouvant au début de certains chapitres du Coran) est une lettre, mais A est une lettre, L est une lettre et M est une lettre». Cela semble d’autant plus fondamental lorsqu’elle a lieu durant le mois de sa révélation. D’ailleurs le Prophète, paix et bénédiction sur lui, intensifiait, lui-même, sa lecture durant ce mois béni. A ce sujet, la prière commune après celle de 'ichaa, appelée tarawih, offre la possibilité à tous fidèles de profiter de la récitation coranique et d’assister à la lecture de la totalité du coran au terme des trente nuits.

Ramadan et la vie du croyant

Il serait dommage à l’issu de ce mois béni d’éprouver des regrets quant à la manière dont nous l'avons vécu. Durant toute l'année, l'Homme ne se prive ni de nourriture, ni de boissons, ni de rapports intimes, le Seigneur lui ordonne un seul mois par an afin de purifier son âme et de ressentir un peu ce que vivent les nécessiteux. Le Prophète Yusuf disait lorsqu'il fut questionné sur les raisons de son jeûne: « Je jeune afin de ne pas oublier les pauvres ». Il n’y a donc aucun intérêt à faire de ce mois, censé être un mois de privation et restriction, un mois de consommation. Veillons à ne pas détourner nos intentions. Le mois de ramadan n'est pas un mois de fête dans lequel on consacre nos journées au sommeil, nos soirées à se gaver de nourriture en veillant toute la nuit devant la télévision. Jeûner pour Dieu, c'est sacrifier ses plaisirs éphémères pour le plaisir éternel. La vie spirituelle, que l’on devrait avoir, est résumée dans ce mois : une vie rythmée entre jeûne, prière, repentir, invocations, adoration et méditation. Voici ce que le croyant doit vivre en termes de spiritualité. Bien malheureux, celui donc qui abandonne tous les efforts qu'il a fourni durant ce mois ! La vie spirituelle ne se restreint pas à un mois mais s’étale sur toute une vie. C'est pourquoi le Prophète nous invite à poursuivre six jours de jeûne le mois suivant : le mois de Chawal, expliquant que ceci équivaudrait à jeûner toute une année. A ce titre, prenons exemple sur les compagnons de notre bien-aimé Prophète, qui se préparaient six mois avant et après ramadan afin de profiter pleinement de ce mois mystique. Le Prophète dit : «Si les serviteurs connaissaient la valeur du mois de Ramadan, ils souhaiteraient que l'année entière fût Ramadan» (Bayhaqi). Alors que dire de celui qui aura négligé et passer outre le Ramadan... Le Prophète dit : « Malheureux à celui qui au terme du ramadan n'a pas réussi à se faire pardonner ses péchés ».

Chers lectrices, chers lecteurs, le mois de ramadan, comme le dit le Prophète : « C'est le mois de la patience et la récompense de la patience est le Paradis. C'est le mois du don. C'est un mois dans lequel les ressources du croyant augmentent. Un mois dont le début est miséricorde, dont le milieu est pardon et la fin affranchissement du feu de l'Enfer» (Bayhaqi).

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Suggestions

Science et Islam

La transcription de la sunna, à l’aube de la prophétie

Les oulémas de hadith considèrent comme étant sunna, tout ce qui, indépendamment du coran, a rapport avec la vie, l’histoire et les caractéristiques physiques ou morales du prophète, que cela se situe avant ou après la révélation. Ils se basent sur de nombreux hadiths dans lesquels le prophète place la sunna au même niveau que le coran. Il dit par exemple: « J’ai laissé parmi vous ce dont vous ne connaitrez aucun égarement si vous vous y tenez : le livre d’Allah et la sunna de Son messager ». Par conséquent, même si le coran est la base première de la législation islamique, la sunna du prophète est complémentaire.

Le coran, d’ailleurs, cite la sunna comme le fruit de la divine révélation. Autrement dit, il existe deux formes de révélations. Une révélation dite récitée, c'est-à-dire le coran, et, une révélation non récitée : la sunna. En référence à ces deux révélations, Allah dit à propos du prophète: « Et il ne se prononce point par passion, ce n’est en fait qu’une révélation qui lui est faite ». On note également que dans le coran l’obéissance au prophète est indissociable de l’obéissance envers Allah : « Celui qui obéit au messager a certes obéi à Allah ». En somme, nul ne peut prétendre comprendre l’islam en faisant abstraction de la sunna. D’ailleurs, la sunna est sanctifiée puisqu’elle sert à illustrer le coran : « Nous avons fait descendre sur toi le Rappel (la sunna) afin que tu expliques aux Hommes ce qui leur a été descendu (le coran) et afin qu’ils réfléchissent ».

L’utilité de la sunna

La maîtrise de la sunna garantie la bonne transmission des paroles, des actes et des gestes du prophète. Par ailleurs, la sunna représente la seconde source législative. Elle est définie dans le coran comme une sagesse: « wa anzala allah alaikal kitab wal hikmata wa’allamaka ma lam takoun ta’lam wa kana fadloul allahy ‘alaika ‘azima ». Ici, le mot hikma signifie la sunna ainsi que dans tous les versets où il est suivi du mot livre. Autrement dit, ce verset signifie en partie : « Allah a fait descendre vers toi le livre et la sunna ».

La sunna est au service du coran. Dans certains cas, elle confirme une règle édictée tandis que dans d’autres elle détaille une règle générale. Elle sert aussi le coran dans la mesure où elle apporte parfois une exception à la règle. Par exemple, on peut citer, le cas où elle apporte une exception à l’une des règles sur l’héritage. Ici, le coran, dans la sourate nisa, annonce que chaque individu doit léguer un héritage à sa mort. Allah y détaille les parts de l'héritage. La sunna, quant à elle, indique une exception faite par le prophète qui précise : « Nous les prophètes, nous n'héritons pas de nous. Mais nous laissons à notre mort une aumône qui se devra être distribuée aux pauvres ». Pour illustrer les détails transmis par la sunna, on relève la manière dont le prophète a expliqué avec précisément comment faire les prières. Parfois la sunna mentionne des règles qui ne figurent pas dans le coran. On considère alors que c'est règle à part entière, car Allah dit : « Tout ce que le prophète vous apporte, prenez-le et ce qu'il vous interdit, abandonnez-le ». Nous pouvons citer l’exemple du mariage. Dans le verset 22 de la sourate nisa, il est énuméré les femmes avec lesquelles il est interdit de se marier. Le prophète ajoute l’interdiction d’avoir comme coépouses une femme et sa tante. Dans ce cas, il faut suivre également la parole du prophète car Allah dit : « Celui qui suit le prophète a suivi Allah ».

En bref, on ne peut nier la place essentielle de la sunna dans la législation islamique. D’ailleurs, à ce propos, Allah dit : « Allah a fait descendre vers toi le rappel (la sunna) pour que tu éclaircisses aux hommes ce qui leur a été révélé (le coran) afin qu’ils puissent raisonner ». D’où la motivation des savants, depuis l’aube de l’islam, à apprendre, préserver et transmettre cette science.

Ceci étant dit, la sunna, est généralement en phase avec le coran. Elle illustre les grandes lignes, détaille les généralités, explique ses jugements et leurs finalités. Même dans les cas où elle apporte un jugement inédit, elle reste dans la même logique.

La transcription de la sunna à l’époque de la prophétie

L’imam Muslim rapporte dans son livre selon sayedouna Abi Said Al Khuduri que le prophète a dit : « N’écrivez rien d’autres de moi mis à part le coran, et que celui qui a écrit autre chose que le coran, l’efface alors ! ». Ce hadith authentique démontre qu’au début de l’islam, le prophète avait interdit l’écriture de la sunna. Cependant il est important de préciser que cette interdiction était destinée à des personnes déterminés et à une époque déterminée. Les savants expliquent qu’il l’interdit de peur que les compagnons mélangent ces écrits au coran. D’autant plus qu’à l’époque les supports n’étaient pas nombreux. D’autre part, les croyants de l’époque ne pouvaient pas discerner, au début, le coran de la sunna. Il leur fallait du temps pour apprendre à différencier les styles littéraires. En revanche, il n’interdit pas à ceux qui étaient aptes de le faire. Au contraire, une dizaine de hadith démontre que le prophète poussait ses compagnons à écrire les hadiths rapporté directement de lui. Citons, en guise d’exemple, le hadith rapporté par l’imam Al Dayrami selon Abdullah Ibn Amr Ibn Al Ass dans lequel il dit : « A l’époque du prophète j’écrivais tous ce que j’entendais de lui, que ce soit coran ou hadith, et je voulais les mémoriser ». Quraich tentèrent de l’en dissuader, lui disant : « Pourquoi écris-tu tout ce que tu entends du prophète ? Il reste un homme qui peut parler en état de colère et de joie et peut ainsi se tromper parfois ». Suite à quoi, il cessa d’écrire à l’exception de coran. Jusqu’au jour où il raconta au prophète les propos de Quraichs. Le prophète prit alors le doigt d’Abdullah Ibn Amr Ibn Al Ass, tira sa langue et dit : « Ecris tout ce que tu veux, je jure par celui qui détient mon âme qu’il n’y a que la vérité qui sort de ceci (en montrant sa propre langue) ». En outre, l’imam Abu Huraira disait : « Il n’y a aucun compagnon du prophète qui a plus de hadith que moi si ce n’est Abdullah Ibn Amr, pour la simple raison qu’il écrivait ces hadiths alors que moi je n’avais pas pour habitude de les écrire ».

Hedi Majdoub

2 years ago

Science et Islam

Le recueil de Bukhari

Communément appelé le recueil authentique de Bukhari, ce recueil a été ainsi surnommé par l’imam Bukhari lui-même.

Il dit à ce sujet: « J’ai écrit mon recueil authentique en seize ans et je l’ai synthétisé en six cent mille hadith que j’ai mémorisé. J’ai fait de ce recueil un moyen devant Dieu de gagner sa satisfaction ». Dans ce recueil, l’imam Bukhari a veillé scrupuleusement à l’épurer au point de révéler: « Je n’ai écrit aucun des hadiths qui se trouvent dans ce recueil sans avoir au préalable effectué mes grandes ablutions et deux unités de prières ». En outre, il a admis dans ce recueil que des hadiths authentiques avec les chaines de transmission solides, allant du rapporteur jusqu’au prophète. Chaque maillon des chaines de transmission est connu pour sa mémoire, son équité et sa piété. Au terme de son travail d’écriture, il a pris le soin de le présenter à plusieurs savants, parmi eux : l’imam Ahmad Ibn Hanbal, Yahya Ibn Muiin et d’autres savants contemporains. Ils l’ont tous approuvé, sans aucune exception, et reconnu l’exceptionnel grandeur d’un tel ouvrage ainsi que le mérite de son auteur. Ce recueil regroupe sept-mille-trois-cent-quatre-vingt-dix-sept hadiths. En soustrayant les répétitions, on compte un total de deux-mille-six-cent-deux hadiths.

L’imam Abu Abdillah Muhammad Ibn Ismail Al Bukhari est appelé Amir Al Muminin dans les sciences de hadiths. Il est né orphelin en l’an 194, durant le mois de Chawal. Il grandit au sein d’une famille pieuse et savante. Il mémorise le coran avant d’atteindre l’âge de dix ans. Allah lui fit don d’une incroyable faculté de mémorisation. D’ailleurs il confie que lorsqu’il apprenait, il lui suffisait de lire une fois la tablette pour mémoriser son contenu. Il voyage énormément pour recueillir les hadiths. Il reste près de six années dans la péninsule arabique puis à Bassora, Koufa, en Egypte, en Syrie et d’autres pays marqués par la science des hadiths. Il rapporte les dires de beaucoup de grands savants comme Ahmad Ibn Al Hussein, Al Razi, Abi Ahmad Abi Al Hafiz. Ce dernier raconte: « J’ai entendu beaucoup de Shuyukhs de Bagdad dire que lorsque Muhammad Ibn Ismail Al Bukhari est arrivé à Bagdad, les gens de hadiths se sont regroupés pour le tester dans sa mémorisation et sa science. Ils lui donnèrent cent hadith (dix chacun car ils étaient au nombre de dix) en mélangeant délibérément les phrases et les chaines de transmission. Après avoir écouté chacun des dix personnes qui le testaient, sans prendre de notes, l’imam Bukhari reprit un par un chacun des hadiths en rectifiant toutes les erreurs qui s’y trouvaient. Ce test dura toute une journée. A la suite de cela, chacun questionna l’imam Bukhari sur des hadiths inventés alors il répondit qu’il ne connaissait pas ces hadiths. A la fin de ce test, ils attestèrent unanimement de la grandeur et de ses connaissances. Depuis ce jour, il reçut le titre d’Amir Al Muminin dans la science de hadith, bien entendu, le titre le plus distingué dans cette science ».

Rappelons que l’imam Bukhari a écrit ce recueil suite à un rêve dans lequel il vit le prophète assis alors que lui retirait certaines tâches de ses habits. C’est alors que le prophète lui dit : « Il arrivera un jour lorsque tu seras adulte, tu enlèveras les mensonges que l’on profère sur le dos du prophète ». L’imam Bukhari est décédé à l’âge de soixante-deux ans, en l’an 256. Rappelons aussi que grâce à ce travail colossal son nom demeure à jamais gravé dans l’Histoire. Connu de tous les musulmans et savants, il est inscrit dans la mémoire collective. L’imam Bukhari ne sait jamais marié au long de cette vie extrêmement dense et riche.

Chères lectrices, chers lecteur, nous espérons qu’à travers cet article vous mesurerez non seulement l’ampleur des travaux effectués pour la réalisation de ce recueil, mais aussi la grandeur de son auteur, un auteur exemplaire pour tous ceux qui recherche l’agrément d’Allah.

Hédi Mahjdoub

2 years ago

Science et Islam

Les sources du droit, au temps des compagnons

Lorsque le prophète mourut en 610, Allah avait accompli son bienfait sur lui et parachevé la religion. Cependant, le droit islamique « fiqh » ne s’arrête pas à cette époque. Indépendamment du temps et de l’espace, il s’adapte en permanence. Du temps du calife Abu Bakr, lorsqu’une question se posait, on cherchait la réponse dans le coran et la sunna. S’il l’on ne trouvait pas de réponse dans les textes alors on s’en remettait aux compagnons. Ces derniers se regroupaient alors pour convenir ensemble d’une solution, comme ce fut le cas pour la compilation du coran. A l’époque du calife Omar, une dimension nouvelle devait être prise en compte. En effet, la conquête musulmane grandissante, on rencontrait de plus en plus de situations inédites par rapport à l’époque prophétique. Il devenait primordial de remédier à ces problèmes. Cet article expose la manière dont il fut convenu d’une réorganisation par les compagnons afin d’enrichir la jurisprudence islamique.

A l’époque des compagnons, la jurisprudence reposait sur quatre sources : le coran, la sunna, le consensus, et l’ijtihad. Cependant, les compagnons privilégiaient strictement la référence au coran pour inciter les hommes à le mémoriser et à l’étudier. A ce propos, lorsqu’Omar se rendit en Iraq avec un groupe de compagnons, il leurs dit : « Nous aimons entendre bourdonner, chez un peuple, la récitation du coran. Ne les coupez pas par les hadiths. Consacrez-vous au coran et limitez les hadiths du prophète ». Cette rigueur des compagnons s’explique par la crainte de voir attribuer au prophète des propos étrangers à sa personne. Rappelons que celui qui rapporte un hadith du prophète s’engage à une lourde responsabilité. En effet, le prophète a dit : « Celui qui rapporte volontairement de moi ce que je n’ai pas dit alors qu’il prépare sa place en enfer » (Bukhari). Enfin cette restriction, dans l’usage des sources, rétablit également l’ordre des priorités. La sunna complète le coran et non l’inverse !

Le consensus des compagnons

Nous entendons par là un accord unanime, de la part des compagnons, statuant sur une question posée. Omar Ibn Al Khattab avait pour habitude de réunir l’ensemble des compagnons juristes en l’absence de réponse clair et explicite dans le coran et la sunna. D’ailleurs, c’est par le même processus qu’Abu Bakr fut nommé calife et qu’il fut convenu du nombre de takbiraates lors de la prière mortuaire. Effectivement, à la demande d’Omar Ibn Al Khattab, les compagnons se réunirent et se mirent d’accord pour fixer le nombre de takbiraates à quatre, bien que le prophète en variait de quatre à huit lors de différentes prières mortuaires.

L’Ijtihad des compagnons

Le prophète autorisa et sensibilisa même les compagnons à la pratique de l’ijtihad. D’ailleurs, on sait que dans une lettre envoyée au Cadi Abou Musa Al Achaari par Omar ibn al khattab, il fait mention des règles du jugement, de ses caractéristiques, du déroulement du ijtihad et de la déduction des jugements. Il écrivit: « Ensuite fit toi à la compréhension, à ton ressentiment, sur ce que tu ne trouveras pas dans le coran et la sunna ». Etant donné que l’ijtihad repose sur la recherche, la compréhension, il est évidemment normal d’obtenir des raisonnements différents d’un compagnon à un autre.

Les compagnons Mufti

Certains compagnons, après la mort du prophète, se sont démarqués par leurs connaissances et leurs compétences dans les sciences. Parmi eux, certains devinrent mufti grâce à leur capacité à promulguer des fatwas, à la connaissance du droit et des jugements. On peut citer :

  • Ali Ibn Talib

    L’imam Ali ibn Talib mémorisa tous les versets coraniques et tous les hadiths qu’il avait pu entendre du prophète. Il disait à ce propos: « Par Dieu, pas un verset ne fut révélé sans que je ne connaisse où et pourquoi il fut révélé ». Avant son départ pour le Yémen, il dit au prophète : « Ô messager de Dieu, tu m’envoies alors que je suis encore jeune et méconnaissant du jugement ». Le prophète frappa alors sa poitrine et dit : « Ô Dieu guide son cœur et raffermit sa langue ». L’imam Ali déclara plus tard : « Par celui qui a fait fendre la graine, jamais je n’ai douté sur un jugement opposant deux personnes ». C’est pourquoi, sans doute, Omar s’abstenait toujours de prononcer un jugement sans l’approbation de l’imam Ali.

  • Omar Ibn Khattab

    Le prophète disait de lui : « Parmi les peuples qui nous ont précédé, certains n’étaient pas des prophètes mais recevaient la parole d’Allah. S’il devait en avoir un dans ma communauté ce serait Omar Ibn Al Khattab ». Le prophète disait aussi « Dieu a placé la vérité dans la langue d’Omar, ainsi que dans son cœur ». Omar fut le premier à écrire un livre sur l’Histoire en l’an 16 de l’Hégire. L’hégire, événement, par lequel débute justement son récit. En outre, il fut celui qui prit la décision de regrouper les hommes pour la prière nocturne, durant le mois de ramadan.

  • Aicha, la mère des croyants

    Elle fut une grande juriste, savante, éloquente et spécialiste des hadiths. Elle mémorisa un grand nombre d’entre eux et connaissait parfaitement l’Histoire du peuple arabe. En outre, elle excellait dans l’art de la poésie. Elle rapporta un grand nombre de hadiths aux compagnons et tabiis. Salmah Ibn Abdul Rahoran affirma : « Je n’ai vu plus savant de la sunna du prophète, plus juriste et connaisseur des versets coraniques qu’Aicha ».

  • Abdallah Ibn Masuud

    Ibn Masuud non seulement participant de la bataille de Badr, parmi les premiers musulmans, il fut aussi l’un des plus grands juristes et un excellent lecteur. Voilà, sans doute, pourquoi le prophète déclara : « Que celui qui veut réciter le coran comme il fut révélé, apprenne de la récitation d’Oum Abd ».

Bien entendu cette liste de compagnons n’est pas exhaustive. L’intérêt, étant simplement d’illustrer les compétences juridiques des compagnons parallèlement au fonctionnement de la juridiction islamique de l’époque.

Hedi Majdoub

2 years ago